Supprimé ! Nouvelle 2010

Supprimé !


Mardi 22 février 2018


4h50- Insomnie
Madame Sissoko est dans son lit mais elle a les yeux grands ouverts. A vingt trois heures hier soir en rentrant du travail, elle a découvert dans sa boîte à lettres un courrier envoyé par son fils.




5h32- Le premier train passe
René se soulève sur un coude, s’assoit, allume sa lampe torche puis craque une allumette. Le réchaud fait par lui dans une boite de conserve avec de l’huile et deux fils de fer avec du coton pour réguler la flamme, commence à produire de la chaleur qui se répand peu à peu dans l’abri construit en bois, en bâche et en carton. Il y pose une casserole d’eau. En attendant que son café se prépare, il s’habille rapidement puis sort. Il fait moins cinq degrés. Il pisse à trois mètres de là contre le mur du tunnel puis une fois la braguette remontée, il détend le dos en étirant ses bras en avant et en l’air derrière la tête. Il fait tourner doucement celle-ci pour échauffer la nuque. Il fait ces exercices lentement tous les matins. Il a froid.
Pourtant son corps s’est habitué à des conditions de vie rustique voire spartiate. Né dans une ferme de la Mayenne où la cheminée assurait vaillamment un douze degrés dans la pièce principale qui faisait office de salle à manger, cuisine, salle de vie ; il a souvent vécu dehors. Dès l’âge de sept ans, il a travaillé en gardant les bêtes. Il a fait de multiples métiers comme manœuvre sur des chantiers de bâtiment, déménageur, militaire dans l’armée française…
Ce matin, il va aider à décharger les camions qui livrent un magasin d’alimentation du douzième arrondissement. Cela va lui permettre de ramener de quoi manger et boire. Le gérant lui donne les produits à date limite de vente. Il partagera avec ses voisins, Christophe, Paula, JC, Darcy, Julie et Boulette : deux hommes, une femme et trois chiennes.
Il repartira vers neuf heures pour le ravitaillement en eau. Dans le tunnel, il y a un robinet proche de la station RER de la gare de Lyon.




6h30- Troisième biscuit
Assis à la table de la cuisine pour ne pas déranger son frère qui sommeille, Maxime étudie des feuilles remplies de croquis et de chiffres.




6h40- Pied gauche
Raouf se réveille dans la même mauvaise humeur que la veille. Il est dégouté. Hier, malgré ses quarante ans et son statut de cadre, il n’a pas fait partie de ceux qui ont reçu le dernier Iphone de la part de l’entreprise. Son téléphone professionnel est toujours le même depuis quatre ans.


6h45- Le radioréveil balance des informations


Tous les matins, le capitaine Gonzague Garette est confronté à la même question : pourquoi sortir du lit ? Il se sent fatigué. Son corps refuse de se mettre en marche. Pourquoi sortir du lit, quel en est le sens ? Il se demande qui a bien besoin de lui. Quelle signification donner à cet effort, à sa vie, à sa place dans le monde ?
Il envie ceux qui se lèvent rapidement, sans se poser de question, plein d’allant et d’énergie. Il ressent confusément que s’il n’avait pas de travail ou ses enfants à emmener à l’école, il resterait à végéter dans son lit comme une merde.
L’accablement, à l’instant même où il s’exerce, l’empêche de percevoir la vie en lui, autour de lui. L’idée de ne plus être là, d’être exempté de l’effort d’exister lui vient parfois à l’esprit. Supprimé, tout serait plus simple. Il se laisse alors envahir par une langueur nihiliste et morbide.


Dix minutes qu’il a ouvert les yeux et une évidence s’impose, il faut bouger. Il se lève et se dirige vers les toilettes. Assis sur le trône, son corps se réveille doucement. Il le laisse s’exprimer tout en laissant son esprit assommé patauger dans la brume du sommeil encore présent. Un quart d’heure passe. Il rentre dans sa baignoire, s’assoit, le pommeau laisse couler de la chaleur sur son crâne et son dos. Les matins les plus vaseux lui coûtent chers. Depuis l’arrivée de sa femme dans sa vie, il fait attention à ne pas dépasser les dix minutes. Il se gratte, il se mouche, il se papouille. Le rituel se termine debout, la pomme de douche coincée en hauteur, il détend son dos en le penchant sous les volutes d’eau chaude. Une fois sorti de la pataugeoire, avec la serviette tendue il se gratte les fesses puis remonte jusqu’en haut des épaules. Trois fois de bas en haut.
Après la dose de déo sous les aisselles, il s’habille. La majorité des vêtements qu’il porte sont achetés par sa femme. Par ce truchement, il a un look tendance.
Il se lave les dents. Le geste peut paraître absurde alors qu’il est sur le point de prendre son petit déjeuner mais il ressent le besoin d’accorder son haleine avec le reste. Et puis, comme ça, c’est fait.
Le voilà émergé du brouillard. Ça va mieux. La course du 7h-8h48 peut commencer. Un avant goût du 19h-20h44.
Il réveille ses enfants, les encourage chaudement à s’habiller, à prendre leur petit déjeuner, à se dépêcher et à ne pas trop se taper dessus. Il les livre avec un bisou sur la joue à leur école respective et il file en voiture par « ses petits raccourcis » empruntés par des dizaines d’autres. A 8h45, c’est le sprint final, le moment sport de la journée. Tout en courant, il se fait des petits commentaires journalos-sportifs dans la tête pour se faire mousser, puis s’arrête et souffle comme une bête. Cette fois-ci, il l’aura son train.


Il monte dans le RER E comme Eole, il est bleu, blanc, rouge; ça ne rigole pas. Il a deux niveaux, il choisi le premier étage. Les murs intérieurs sont saumon clair, il s’assoit sur un siège de teinte grise avec des motifs de couleurs vives. Comme d’habitude, il se rendort assez rapidement et sommeille jusqu’à Magenta où il descend.
Cela fait à peine trois minutes que sa tête est tombée sur son poitrail de jeune quarantenaire lorsque son téléphone sonne. C’est le patron.
- Garette ramenez vous Gare de Lyon, quai 31, RER A, une bombe vient d’exploser.




9h35- Station Gare de Lyon


Je ne vais pas passer des heures à vous parler de cette boucherie. Le silence. Puis, les cris. Les corps en sang, mutilés. Des enfants, des femmes, des hommes. Tout âge, de 7 à 77 ans, toute confession, toute origine sociale ou nationale. La mort a été distribuée à l’aveugle, il y en a pour tout le monde. Des images que l’on peut voir tous les soirs au vingt heures.
Sauf que là, c’est chez nous, devant le capitaine Garette et son inspecteur fétiche.
- Putain de bordel
- Bon dieu de merde
- Ça va Bourdieu, mets pas Dieu dans cette saloperie. Qu’est ce qu’on a ?
- Une bombe !
- Sans blague ?!
- Selon le rapport des démineurs, c’est une bombe sans système de minuterie. Elle a été mise à feu à distance.
- Télécommande ?
- Un téléphone portable. C’est là que ça se corse, on a à faire à des créatifs. Habituellement les bombes sont déclenchées à distance par un signal radio. Celle-ci l’a été par un mot. Clin d’œil ultime, la machine l’a prononcée avant d’exploser. Logiquement, c’est ce mot qui lui aurait été transmis pour mettre le mécanisme en mouvement.
- Quelle distance ?
- On n’en sait rien encore. Pas forcément très loin.
- Combien de rescapés ?
- 48 morts, 92 blessés graves, 220 blessés légers, 300 qui s’en sortent.
- Putain de carnage ! Tu en sais plus sur ce mot ?
- La bombe était sur le quai 31 près d’une poubelle proche d’un passage entre les deux quais que dessert l’escalier roulant. Trois personnes étaient en attente d’un train, sur l’autre quai. Elles n’étaient pas loin du passage, elles ont pu l’entendre protégées par les murs de béton.
- Et donc ?
- Supprimé
-
- Le mot, c’est «supprimé».
- Mets toute l’équipe sur l’affaire, bouclez le secteur et gelez les anguilles. Interrogez tout le monde, on ne sait jamais, ce taré est peut être parmi les survivants. Recherchez qui aurait entendu quelqu’un parler au téléphone et prononcer « supprimé ». Commencez par les blessés, ils sont les premiers à être évacués.
Alors que Bourdieu est parti donner les instructions, Garette jette un coup d’œil sur le quai. Il observe un homme sans âge qui apporte aux blessés de l’eau à l’aide d’un jerrican. Il est accompagné d’une chienne.


12h- Gare de Lyon, local technique


- Ça gueule dans les familles des rescapés !
- On est couvert. La bouffe va arriver. Il faut montrer qu’on veut chopper les salauds qui ont fait ça. Continuez à interroger. Des premiers résultats ?
- Ils t’attendent dans les bureaux d’à côté. Je les ai séparés. Quatre témoins donc quatre suspects.
- Respect. Tu me feras penser à demander pour toi la reconnaissance de la patrie.
Le capitaine Garette termine sa cinquième tasse de café puis la jette dans la poubelle. Son geste est accompagné d’un souffle sonore.
- C’est parti, on a quoi ?
- On a un lascar de dix huit ans qui vient d’un quartier HLM du 18ème, un informaticien franco-marocain de 35 ans, un français d’origine du Mali de 29 ans, prof de maths et un ancien de la guerre d’Irak.
- Que des profils de terroristes potentiels ! C’est bon ça !
Bourdieu reste sur place, perplexe, il danse d’un pied sur l’autre. Il montre de la main une porte.
- Il faut que je te dise avant toute chose, le dernier suspect est un crémeux, le commissaire Pitt...
- C’est quoi ce délire ?
Bourdieu ouvre la porte pour laisser passer son capitaine et la gueulante du commissaire Pitt.
- C’est inadmissible ! Vous vous prenez pour qui ? Vous aurez à faire à moi la cri-cri !
- Bonjour, comment allez vous ? dit Garette le regard fixe avec un sourire affable.
Le commissaire est allongé, avec une jambe en sang. Tout le côté droit est en piteux état, il a de multiples contusions sur le visage et le cuir chevelu.
- Allez-vous faire foutre !
- Bon, maintenant que les amabilités sont dites ; pourquoi êtes vous là ?
Garette se tourne vers son bras droit qui prend la parole.
- Un témoin dit avoir entendu le commissaire prononcer le mot « supprimé »
- Qu’est ce que ça peut bien vous faire ? rugit Pitt.
- Répondez à la question commissaire, avez-vous dit ce mot ? Le ton et le regard du capitaine sont suffisamment graves pour que le commissaire ait compris le message.
- Ça va l’adidas, j’allume mes bougies, j’ai un dossier sacrément brioché. En lien avec la Préfecture de Police, je devais envoyer la BAPSA dans le tunnel ferroviaire entre la gare de Lyon et Maisons-Alfort. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a là dedans toute une suite d’abris. Il n’y a malheureusement pas que de la viande à pneus, y’a surtout des gaulois purs souches. Il devait être autour de 9h00 lorsque j’ai transmis l’ordre que soient supprimées les masures des SDF.
- Bon, on vérifie ça tout de suite et on vous libère. Encore désolé pour cette épreuve de plus.
Une fois sorti, le capitaine s’arrête dans le couloir puis s’adresse à son coéquipier.
- Demande-lui son téléphone portable et fait vérifier l’heure du message passé. Vérifie pour la procédure ce qu’il vient de dire et libère rapidement le témoin. C’est quoi la suite ?


Assis au milieu de la pièce vide, Maxime, français d’origine malgache, se lève à l’entrée des deux policiers.
- Bonjour, on vous accuse d’avoir prononcé au téléphone, dans les environs de 9h, le mot « supprimé ».
- C’est faux, monsieur. J’allais à l’école pour mon DST de chimie. J’en ai un autre de maths cet après midi, faut pas que je le rate. Libérez-moi !
- Oh là, on se calme. C’est bien d’en vouloir, mais j’ai quelques questions à vous poser. Avez-vous passé un coup de fil ce matin ?
- Oui, à mon pote Albert, vous pouvez vérifier, j’ai laissé un message sur son portable.
- Bourdieu, on met en panne le temps de trouver le portable du dénommé Albert.
Avant de prendre la poignée de la porte le capitaine se tourne vers le jeune homme.
- Vous restez ici le temps qu’on vérifie votre alibi.


Alors qu’il traverse le couloir pour rejoindre l’informaticien, Garette pense à ces jeunes étudiants qui appartenaient à un réseau terroriste démantelé voilà plusieurs années de cela. Il se dit que l’opération a été organisée à plusieurs. Peut-être par des membres d’une cellule dormante d’al Quaïda ? Ce troisième suspect lui semble un bon client. Il rentre dans la pièce.
- Comment vous appelez-vous ?
- Raouf Alelmoni
- Raouf le ouf, où habitez-vous ?
- Maisons-Laffitte, je me rendais à mon lieu de travail à Bonneuil dans le 94.
- Quelle est votre profession ?
- Ingénieur informaticien.
- C’est cela oui ! Êtes-vous musulman pratiquant ?
- Oui, mais c’est quoi ces questions ?
- C’est moi qui les pose. Avez-vous appelé quelqu’un ce matin autour de 9h ?
- Non !
- Un témoin français assure du contraire !
- Je suis moi aussi de nationalité française et je vous assure que non. J’ai seulement consulté mon répondeur professionnel; j’ai écouté et supprimé des messages. Je vous donne mon téléphone professionnel et le personnel, vérifiez !




Les deux policiers entrent dans la salle où se tient assis Ibrahim Sissoko. Il a l’air abattu, replié sur lui-même, la tête entre les mains, ses genoux bougent et s’entrechoquent sans contrôle.
- Alors, on craque ?
- Oui, excusez-moi dit l’homme les larmes aux yeux, ça fait un peu beaucoup !
- Pourquoi avez vous fait sauter cette bombe ?
- De quoi parlez-vous ?
- Faites pas l’idiot ! Je répète, pourquoi avez-vous fait sauter cette bombe ?
-
Bourdieu prend le relais :
- Un témoin dit vous avoir entendu prononcer le mot « supprimé », est-ce vrai ?
Ibrahim éclate en sanglots, entre deux crises de larmes, il hoquette :
- Je ne comprends pas pourquoi vous me demandez cela. Qu’est ce que vous savez sur mon frère ? Comment savez vous qu’il cherche à se supprimer ?
Les deux inspecteurs se regardent interloqués. Ils apprennent que Moussa, le frère cadet du professeur, est sans papier et se trouve depuis 6 mois en centre de rétention. Il craque et a fait savoir par courrier à sa mère qu’il voulait en finir. C’est ce que venait d’apprendre Ibrahim par téléphone.


Pendant que monsieur Boulard, un témoin, assure pour la troisième fois qu’il a entendu un monsieur basané, à cravate, s’appliquer à prononcer de plus en plus fort au téléphone « Supprimé ! », Bourdieu revient avec les résultats des quatre enquêtes qui avaient pour but de vérifier les alibis de chacun.
- Les techniciens assurent que la bombe a explosé à 9h06 et trente secondes.
- Bien joué ! Félicite-les de ma part ! Et nos suspects ?
- Le commissaire Pitt a bien reçu l’ordre de virer les sous abris
- Histoire d’en faire des sans… A quelle heure il a passé son appel Pitt Bull ?
- 9h04, ce n’est pas lui. Tiens écoute le message laissé à 9h02 par Maxime à son ami.
Garette ne sait pas comment interpréter le sourire de son lieutenant, il prend le téléphone portable et écoute :
« Ouech, dédicace spéciale d’un math-sup rimée
Tranquillement sur la vibe mon solo t’fait bouger
MC Max te fait grave kiffer
Laisse-toi aller, saka roulé !
A tout à l’heure gros, courage pour les DST ! »


- Bon, ça va, c’est bon, putain de bordel ! Mais on est où là ? Allez balance, y’a quoi du côté du mollah Raouf ? demande t-il d’un ton rageur.
- Il a bien consulté sa boite de messages, il a dû utiliser l’option vocale pour en supprimer. Cela s’est passé à 9h03, ce n’est pas lui. – un temps de silence passe et il ajoute - Pour Ibrahim Sissoko, ce qu’il dit est vrai. L’échange téléphonique avec sa mère a eu lieu à 9h03.
- Ils sont marrants avec leurs centres d’internement administratifs. Un nom à la con pour éviter le mot prison. On enferme des migrants comme n’importe quels criminels. Son frère n’est pas le premier à perdre la boule, se murmure Garette à lui-même.


Le téléphone sonne, Bourdieu tend le téléphone à son capitaine,
- C’est le grand Patron !
- Ca va être tendu, allez passe, ce n’est qu’un mauvais moment à passer.
- Allo Garette, quoi de neuf ?
- La bombe a été provoquée par un appel téléphonique. Le mot de code déclencheur était « supprimé ». Les suspects qu’on avait sous la main ont été disculpés. On continue, on est sur le sentier de la guerre à 200% !
- Mouais ; trouvez-moi ces fous furieux !
- Vous pouvez compter sur nous patron !
- Merci Garette, ne faites pas que de la fumée !
- J’adore votre humour patron, bon courage avec les médias !
Le téléphone raccroché, il souffle et accueille l’arrivée du chef de gare.


- Heureusement que tout le monde était dans le train et que personne n’était sur le quai, dit le nouveau venu en bougeant la tête avec un air contrit, l’hécatombe aurait pu être pire.
- Pardon, pourriez-vous répéter ? demanda Garette interloqué.
- Cela faisait cinq minutes que les passagers attendaient dans le RER qui ne démarrait pas expliqua le chef de gare. Il y avait très peu de monde sur ce quai.
- Bordel ! Pouviez pas le dire plutôt ? Evidement, toutes les victimes sortaient du train, qu’est ce qu’on est con d’avoir raté ce détail ! Pourquoi le train était-il à quai?
- Le conducteur ne peut pas partir si certaines conditions ne sont pas remplies. Certains signaux dans le tunnel ne fonctionnaient plus. Comme l’électricité passe par les rails, cela peut signifier que l’un d’eux est cassé. Il fait quand même moins trois degrés dehors, le matériel travaille. Et puis…
- Oui ?
- Il doit passer une dépêche immédiatement au PCC pour que la crise soit gérée, comme par exemple faire venir un RAD si besoin.
- Plait-il ?
- Un train en Réserve A Disposition. Mais il ne l’a pas fait tout de suite. Son poste de communication, lui non plus, ne fonctionnait pas.


Un bouchon vient de sauter dans un des conduits du cerveau du capitaine lorsqu’il articule avec une voix sourde :
- Alors il a appelé avec son téléphone, il a dit qu’il fallait informer les voyageurs que son train était supprimé.
Le lieutenant continue :
- Il était 9h 06 et trente seconde lorsqu’il a passé sa communication.
- Trouve-moi le conducteur et son téléphone ! Appelle les démineurs tout de suite, faut vérifier ça !
Une petite tape sur son épaule droite fait sursauter Garette.
- Pas la peine Capitaine, je suis là.
Eric Souma, responsable de l’équipe des démineurs, se tenait derrière lui avec sa moustache sérieuse.
- Avant toute chose, j’ai une info !
- Nous vous écoutons, dit Garette en se retournant. Il n’aimait pas quand Souma prenait ce ton là.
- Voilà, nous avons découvert que le mécanisme de la bombe a été conçu pour attraper les ondes de tous les téléphones situés dans une zone de cent mètres de rayon. La bombe a reçu l’ordre d’exploser lorsque le mot « Supprimé » a été prononcé dans un des messages téléphoniques captés. Elle a pu être déclenchée par n’importe quel émetteur. Les meurtriers ont laissé jouer le hasard. A l’abri, ils ont attendu que quelqu’un prononce ce mot à leur place.




Une voix métallique annonce dans les hauts parleurs de la Gare de Lyon : « Suite à une alerte à la bombe à la station Franklin-D Roosevelt, le métro de la ligne n°1 est supprimé jusqu’à nouvel ordre. »
Pas loin d’eux, une femme qui est venue chercher son mari rescapé prend son téléphone et transmet la nouvelle à une de ses collègues.


Les policiers se regardent tétanisés.




Lexique :
- Adidas : Supérieur hiérarchique. Les trois galons rappellent le logo de la marque.
- Allumer ses bougies : Exposer ses arguments, pour un suspect.
- BAPSA : Brigade d’Assistance des Personnes Sans Abris, une branche de la police nationale gérée par la préfecture de police de Paris.
- Brioché : Probant, pour un rapport ou un dossier.
- Crémeux : Supérieur hiérarchique.
- Cri-cri : Police criminelle.
- DST : Devoir Sur Table.
- Geler les anguilles : Retenir les témoins d’un délit, d’un meurtre, ou d’un accident.
- Mettre en panne : Arrêter un interrogatoire afin de vérifier les alibis d’un inculpé.
- Ouf : Fou à l’envers
- PCC : Poste de Commande Centralisé du métro.
- Saka-roulé : ça va en créole.
- Te fait kiffer : Te fait plaisirs (Kiffer : Apprécier, Aimer)
- Viande à pneus : Terme raciste utilisé par certains policiers pour nommer un nord africain, un africain noir.
- Vibe : Contraction de Vibration (prononcez vaïbe).